| |
Pourquoi le nombre d’élèves qui échouent à l’école s’accroît-il d’année en année?
Essai d’une analyse et propositions d’amélioration Il est hélas un fait que, ces dernières années, l’échec scolaire des enfants et adolescents s’accroît de plus en plus, et ce surtout chez les garçons. Pourquoi l’aversion pour l’étude grandit-elle? Pourquoi ne veut-on plus faire d’efforts? Pourquoi l’école est-elle quelque chose de secondaire? Pourquoi….? Dans l’analyse qui suit, je vais essayer, de mon point de vue et selon mon expérience d’apporter une réponse à ces questions.
1. Le facteur le plus important dans cette affaire est, à mon avis, la famille. Les parents sont les premiers à avoir de l’influence sur leurs enfants. Dans une famille où on a du temps pour les enfants, où on montre de l’intérêt pour les activités scolaires, où il existe des habitudes réglementées, où les enfants ont des devoirs et des obligations et où les enfants ont des limites claires, dans cette famille il y a beaucoup moins de problèmes scolaires que dans les autres.
De mon point de vue, il y a différentes causes familiales à l’échec scolaire, causes que je vais tenter d’expliquer dans la première partie de cette analyse. Pour cela, j’ai donné des noms typiques pour ces enfants.
Les enfants victimes du travail des parents
Les parents de ces enfants travaillent tous les deux et le soir après le travail, ils n’ont pas le temps de s’occuper des tâches scolaires. Personne ne veut que les parents fassent les devoirs des enfants, mais il est important que les parents contrôlent au moins si les devoirs ont été faits. Il est aussi important qu’on les aide, quand ils en ont besoin. Deux exemples:
Pendant la première année scolaire, il est important que l’enfant apprenne à lire. Si l’instituteur fait lire chaque élève dix minutes à haute voix, la matinée sera passée quand tous les élèves de la classe (une bonne vingtaine) auront lu à haute voix. C’est donc un petit exercice que les parents peuvent faire avec leurs enfants.
Quand l’enfant apprend un poème par cœur, les parents peuvent contrôler si l’enfant connaît bien le texte.
Les devoirs servent en plus à donner un aperçu aux parents de ce que les enfants étudient à l’école et à montrer où les enfants sont arrivés. Les parents qui ne vérifient pas les devoirs des enfants ne peuvent pas réagir à temps lorsque des problèmes scolaires s’annoncent.
Les enfants lésés à cause du divorce
Ce sont des enfants qui subissent la guerre du divorce, les partenaires prennent les enfants comme arme dans leur guerre et se servent d’eux. Je ne prends pas le terme «enfant du divorce», parce qu’il y a aussi des cas où les anciens partenaires travaillent ensemble à l’éducation des enfants. Un enfant où les parents sont toujours d’avis contraire apprend très vite à profiter de la situation. Hélas, cela peut aussi se produire dans des familles intactes.
Les enfants sans motivation
Ces enfants ont appris à la maison que l’école est quelque chose d’ennuyeux. Ils n’ont pas envie d’aller à l’école et ne coopèrent pas. Si on désigne à la maison les instituteurs comme idiots, paresseux, incapables, etc., il est normal que l’enfant n’aime pas des gens pareils. A ces enfants, on donne aussi l’exemple qu’on n’a plus besoin de travailler après une journée de travail (pour les enfants après l’école) et on regarde la télé toute la soirée.
Les enfants sans limites
A ces enfants, les parents n’ont jamais posé de limites. A la maison, ils peuvent faire ce qu’ils veulent, par exemple manger devant la télé, se lever de la table, regarder la télé jusqu’à minuit, etc. A l’école, il y a un règlement à respecter, et c’est très difficile pour ces enfants. Parfois, les parents encouragent même leurs enfants à ne pas respecter le règlement.
Les enfants trop gâtés
Ces enfants n’ont jamais aidé à la maison. Ils n’ont jamais appris à accomplir des tâches dans le ménage ou à l’extérieur. Les parents n’ont jamais exigé d’eux de prendre la responsabilité d’un travail. Ces enfants n’ont jamais eu l’expérience qu’il faut de la persévérance pour terminer un travail commencé. Ils n’ont jamais appris qu’il y a des travaux qu’on n’aime pas faire, mais qu’on doit quand même exécuter.
2. Un deuxième facteur important qui influence le comportement pour étudier et ainsi le succès ou l’échec, c’est l’environnement. Ici aussi, j’ai essayé de donner des noms à ces enfants:
Les enfants hobbys
Avant l’école, il y a les loisirs. Naturellement, il est louable qu’un enfant ait un passe temps utile et le pratique régulièrement. Mais quand les loisirs dominent et prennent de plus en plus de place, cela se remarque dans les résultats scolaires. Il n’est pas à conseiller d’avoir plusieurs activités, sinon on n’a même plus le temps pour la famille ou les copains. Si on regarde la quantité de loisirs (académie de musique, football, club de gymnastique, association de jeunesse, club de natation, fanfare, etc.) il est difficile de faire un choix. Mais il est également impossible de tout faire, surtout si on doit accomplir des performances pour le club (ou les parents)
Les enfants de la télé
Pour beaucoup d’enfants, la télévision joue le rôle de baby sitter. Sans discernement on regarde des émissions et personne ne fait attention à ce qu’on regarde ni pendant combien de temps. Et si l’enfant a une télé dans sa chambre, il n’y a même plus de contrôle possible. Naturellement, il y a de bonnes émissions souvent très instructives, mais il est utile de faire un choix hebdomadaire, qu’on regarde si possible avec l’enfant et dont on parle après l’émission.
Les enfants jeu
La passion du jeu est un facteur supplémentaire. Mais, au lieu de jouer à des jeux de société, ils s‘amusent avec la console (playstaion), le gsm, des jeux sur ordinateur, sur internet, etc. Au lieu de choisir des jeux instructifs, ils préfèrent des jeux brutaux. Il existe même des jeux pareils pour les plus jeunes enfants. Pour les jeunes, augmenter les scores ou essayer des nouveaux jeux, augmente une dépendance. Les enfants s’enfoncent tellement dans les jeux qu’ils ne réagissent même plus quand on leur parle.
Les enfants bande
L’influence des copains n’est pas à négliger. Si je dois me maintenir dans ma bande de copains, et cela parfois avec des provocations négatives, cela n’a pas une bonne influence sur le développement de mon comportement. Parfois, les épreuves de courage ont un caractère criminel et sont parfois aussi dangereuses.
Les enfants de l’amusement
La vie doit faire plaisir, on doit profiter de tout ce qui est possible. Beaucoup de gens s’orientent d’après cette devise. Chaque week-end est l’occasion de fuir la vie quotidienne. On ne rate aucune fête, on connaît chaque but d’excursion dans un rayon de 100 kilomètres et chaque parc d’attraction dans le pays. Ces enfants n’ont jamais appris à renoncer à quelque chose ou à s’occuper. Tous ce qu’on fait doit faire plaisir.
3. Le troisième facteur est l’école elle-même. Ici aussi, il y a des éléments qui ont une influence négative sur le développement scolaire des jeunes. On ne doit pas seulement chercher les causes de l’échec en dehors de l’école, une partie des causes se trouve à l’école-même.
La personne la plus importante à l’école est l’instituteur. C’est lui qui est responsable si l’enfant se sent à l’aise à l’école ou pas. Les tâches l’instituteur sont multiples: il doit enseigner, motiver, encourager, écouter, résoudre des conflits, être juste, appliquer différentes méthodes d’apprentissage, ….
Toutes ces qualités ne sont pas apprises pendant la formation et il faut enseigner pendant des années avant de les développer. C’est pourquoi il est important que l’instituteur soit très motivé. Un instituteur sans enthousiasme ne peut pas stimuler ses élèves.
En plus, l’instituteur doit pouvoir se référer à un cadre très précis pour ses cours et agir de manière conséquente. Des programmes non précis ne lui sont d’aucune aide.
La taille d’une classe a aussi une grande importance pour le développement de l’enfant. Surtout dans les premières années (école gardienne et 1ère et 2ème années scolaires) il est important que l’instituteur ait le temps de s’occuper de chaque enfant. Chaque enfant doit sentir que l’instituteur le prend au sérieux et qu’il a le temps de l’aider quand il a des difficultés. Avec plus de vingt élèves, c’est impossible. Dans la carrière scolaire ultérieure de l’enfant, il est important que les enfants faibles soient aidés de manière efficace. Pour ces élèves, il est démotivant d’être dans une grande classe et d’avoir tout le temps des résultats négatifs.
L’équipement de l’école peut aussi accroître le mépris pour l’école. Une école avec de vieux bancs endommagés n’encourage pas les enfants. Le manque de matériel freine la motivation de l’instituteur et des élèves. Même si on enseigne dans des vieux bâtiments, on doit aménager les classes de manière attractive parce que les élèves passent un tiers de leur journée à l’école.
De plus, le temps à l’école n’est pas toujours utilisé de manière profitable. De plus en plus, on organise des activités extrascolaires qui prennent parfois beaucoup de temps, sans servir directement à l’apprentissage. Le devoir principal de l’école est l’apprentissage de la lecture, du calcul et de l’écriture. Les activités extrascolaires doivent aider à atteindre ce but. Parce qu’aujourd’hui il y a une grande quantité d’activités, il est nécessaire qu’on décide au début de l’année combien de temps sera consacré à ces activités et dans quelle mesure.
Les grands projets: pour chaque école, il est certainement intéressant d’organiser un grand projet tel que classe de neige, classe verte, classe de mer, journée sportive, etc. Mais avant de commencer, il faut se demander si le projet a un concept pédagogique. Est-il conforme au projet de l’école? Quelle est la charge financière pour les parents? Combien de temps faut-il consacrer à ce projet, à sa préparation et à son exploitation?
Les petits projets: pour ces projets, on doit également se poser la question du concept pédagogique. Est-ce que ce sont des activités extrascolaires ou des activités de loisir. Est-ce une fuite de l’école ou est-ce qu’il motive les élèves? Dans cette catégorie se trouvent toutes les activités telles que le déjeuner sain, les premiers soins, une pièce de théâtre, les soins dentaires, etc.
La dépense de temps pour le cour de natation doit aussi être mise en question. Il est certainement important que les enfants apprennent à nager, mais combien de temps dure le trajet aller et retour? Pour quelques écoles, il s’agit de deux à trois heures. Une solution est de donner cours pendant le trajet, par exemple des exercices oraux (conjugaison, calcul mental, vocabulaire, etc.). Les exercices à haute voix servent à tout le monde.
4. La politique scolaire a aussi une influence sur le succès scolaire. Si le ministre de l’éducation prend des mesures que la majorité des professeurs refusent, il démotive les enseignants et cela se répercute de nouveau sur les élèves. Si pour des raisons économiques, qui sont compréhensibles, on prolonge le temps de travail, on peut d’un autre côté soulager la charge (par exemple diminuer le nombre d’élèves). Mais comme le nombre d’élèves qui échouent s’accroît, la politique doit chercher des solutions effectives pour que ces élèves aient une formation qui leur permette de vivre.
Puisque l’école doit pour le moment se charger du devoir d’éducation des parents, et cela surtout chez les petits, il est important d’adapter le nombre d’élèves à l’école gardienne et en 1ère et 2ème primaire. L’idéal est de 12 élèves par classe. On doit aussi se poser la question de savoir si la fréquentation de l’école gardienne ne devrait pas être rendue obligatoire. Ainsi, les institutrices pourraient ajouter un volet éducatif et social à leur travail scolaire
Il serait intéressant d’avoir dans les écoles primaires une personne qui conseille les parents (une au sud et une au nord). Au début de l’année, il organiserait des réunions de parents et leur expliquerai leur rôle dans l’éducation scolaire. A coté de cela, il aiderait les enseignants dans leurs travaux journaliers et il rendrait visite aux familles dès que des problèmes scolaires se posent, pour dire aux parents en quoi ils peuvent aider leurs enfants.
Aux professeurs, on proposerait des formations complémentaires longues (deux à trois mois) surtout en ce qui concerne des élèves difficiles (élèves ayant des difficultés pour étudier ou des problèmes de discipline). A ces professeur, on proposerait des stages de deux à trois mois sans perte de salaire. Pendant ce temps des professeurs de la communauté germanophone remplaceraient ces enseignants. La communauté germanophone pourrait engager 4 à 5 professeurs pour ces cas, cela représenterait 0,2% du budget pour le salaire des professeurs.
L’accueil après les cours, qui existe dans quelques écoles, devrait être généralisé. Il faut organiser une école de devoir partout. Ici, on donne l’occasion aux enfants de faire leurs devoirs avec quelqu’un qui peut les aider. Ainsi, les enfants dont les parents n’ont pas le temps de s’occuper ou sont eux-mêmes incapables de les aider ont une chance de s’améliorer. Les parents peuvent être obligés de payer une partie de ce service.
Le cours de français dans les écoles primaires doit être donné par des professeurs motivés et spécialement formés, pour que les enfants ne perdent pas la motivation d’apprendre une langue étrangère. Le titulaire de classe ne devrait pas donner le cours de français; ou alors il doit avoir suivi une formation d’un an pour enseigner le français. L’idéal est une personne qui parle couramment les deux langues.
Dans la situation actuelle, il est impossible de supprimer la 1ère et 2ème professionnelle. La différence entre les bons élèves et les moins bons devient de plus en plus grande. C’est pour ça qu’il est important qu’on aide les moins bons. Avec ces élèves, il faut faire des petites classes encadrées par des professeurs motivés et bien formés. Pour les écoles qui organisent les classes professionnelles et les centres à horaire réduit, il faut aussi prévoir une ou deux personnes qui s’occupent des élèves aux comportements difficiles et qui doivent suivre des formations continues.
Même si les jeunes professeurs commencent leur carrière avec beaucoup d’enthousiasme, il leur manque l’expérience pédagogique. Pour ces professeurs, ont doit prévoir un professeur de référence qui les conseille. Ces parrains seraient des professeurs âgés très compétents et motivés, et qui ne montrent pas encore des signes de fatigue. Ils ne doivent pas critiquer les jeunes mais les encourager de manière constructive. Des leçons communes seraient idéales, le jeune pourrait apprendre du plus ancien qui peut donner des conseils pratiques.
On devrait aussi créer une cellule où les professeurs qui ont une dépression momentanée (démotivation, burnout, des problèmes avec des élèves, avec des collègues, avec le directeur), peuvent trouver de l’aide. Chaque professeur a pendant sa carrière d’enseignant, de temps en temps, une période plus négative, mais il ne peut trouver de l’aide nulle part.
Pour terminer, je signale encore deux choses intéressantes pour une analyse approfondie.
Le fait que trois quarts des enfants qui ont des difficultés pour étudier ou des problèmes de discipline sont des garçons est-il une conséquence d’un manque de modèle masculin? A la maison, c’est surtout la mère qui s’occupe de l’éducation et à l’école primaire on trouve surtout des institutrices. Même dans les deux premières années du secondaire, les hommes sont rares. Nulle part, les garçons n’ont de modèle masculin.
Beaucoup de petits enfants ne peuvent pas vivre d’après leur rythme naturel parce que les parents travaillent tous les deux. Le matin, on les réveille pour les mettre chez la gardienne. Une partie de l’hyperactivité est certainement une conséquence de ce fait. Une aide financière serait peut être une solution pour que le père ou la mère reste au moins deux ans à la maison.
Pour terminer, je rappelle que tous les élèves qu’on peut aider d’une manière ou d’une autre pour qu’ils aient une formation sont des personnes qui n’auront pas besoin d’aide sociale plus tard. Si on pense faire des économies dans le secteur de l’éducation de nos enfants, c’est épargner au mauvais endroit. Plus tard il faudra rembourser cette économie d’une autre manière, quand on devra leur payer le chômage.
|
|